Amor fati : aimer son destin
Le philosophe Friedrich Nietzsche formule une idée d’une radicalité rare : amor fati, l’amour du destin, l’amour de ce qui nous arrive.
Non pas supporter.
Non pas s’y résigner.
Mais l’aimer.
L’amor fati ne consiste pas à dire : « je n’ai pas le choix ».
Il consiste à dire : « je veux que cela soit. »
Nietzsche va plus loin encore. Il écrit :
« Ma formule pour la grandeur de l’homme est amor fati : ne rien vouloir d’autre que ce qui est, ni devant soi, ni derrière soi, ni pour toute l’éternité. »
Ce n’est pas une philosophie du confort.
C’est une épreuve.
Car aimer son destin signifie aussi aimer ce qui résiste, ce qui échoue, ce qui déçoit, ce qui brise les plans que l’on avait formés.
La plupart des existences se construisent contre le réel :
dans le regret de ce qui aurait pu être,
ou dans l’espoir d’un futur réparateur.
L’amor fati propose l’inverse.
Ce que Nietzsche appelle aimer son destin n’est rien d’autre que cela :
transformer la nécessité en puissance.
En ce sens, l’amor fati n’est pas seulement une idée philosophique.
C’est une discipline de l’existence.
Pour les dirigeants, les entrepreneurs, ou plus largement pour toute personne confrontée à l’incertitude, cette perspective peut être particulièrement éclairante.
Les décisions importantes se prennent rarement dans des conditions parfaitement maîtrisées : transformations économiques, ruptures technologiques, échecs imprévus.
La question devient alors moins :
« Comment éviter ce qui arrive ? »
que :
« Comment faire de ce qui arrive un chemin ? »
L’amor fati est peut-être la réponse la plus radicale que Nietzsche ait proposée :
Vivre de telle sorte que l’on puisse dire oui à la nécessité même qui façonne notre vie.
Aimer son destin, ce n’est pas accepter ce qui arrive.
C’est faire de ce qui arrive sa propre nécessité.